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A
12 ans, il peignait sa première poya. Il en a maintenant
81. Louis Barras, ancien officier de la police cantonale fribourgeoise,
passe sa retraite à peindre:"Je ne suis plus un peintre
du dimanche, maintenant que je peux peindre tous les jours..."
Le café du Commerce, à Bulle, offre ses murs, l'espace
de trois semaines, à ce Gruérien de Fribourg.
Gendarme?
" Ne parlez pas trop de tout ça. C'est de peinture qu'il
s'agit". Louis Barras, né à Pont-en-Ogoz il y
a huitante-et-un ans, a pourtant fait toute sa carrière sous
le képi. D'abord comme agent:" J'étais un mauvais
gendarme. Je ne donnais pas assez de contraventions. Puis comme
cadre, avant de finir adjoint du commandant de la police cantonale,
à Fribourg, où il réside toujours.
Et
la peinture, alors? Nous y sommes. Louis a une douzaine d'années
quand débarque à la ferme familiale un roulant qu'on
appelle Mandoline, un vagabond bricoleur qui refait les matelas
et mille autres choses. Ce Mandoline est peintre à ses heures.
Louis est séduit par ses petits tableaux. Il fait les yeux
doux à sa maman et le lendemain il reçoit trois tubes
de couleurs: du vert, du rouge et du blanc. Avec ces trois tubes,
Louis peint sa première poya.
Il continue à
peindre. Mais il est partagé entre plusieurs passions. Dont
la mécanique: à 18 ans, Louis Barras construit une
voiture, un engin hybride, moitié char moitié auto,
qui frise les 12 km/h: "Tout le monde me regardait passer comme
si c'était le cirque Knie!"
Fermons la parenthèse.
Le jeune Gruérien s'essaie à suivre des cours de dessin
par correspondance, dispensés de Paris. Mais à peine
a-t-il le temps de prendre conscience de ses réelles dispositions
que survient la guerre. Les ponts postaux sont coupés. Il
était écrit que Louis Barras serait peintre autodidacte.
Il se perfectionne en solitaire.
En été 1955,
il présente quatre tableaux au Salon international de la
police, qui se déroule à Paris sous le haut patronage
du président de la République René Coty. Ses
oeuvres sont retenues et exposées au Grand-Palais. C'est
son plus beau souvenir.
Radieux Maintenant,
Louis Barras vit une active retraite avec ses pinceaux et ses craies
pour compagnons. L'huile, la gouache, le pastel, la sanguine: il
s'est fait la main à plusieurs techniques. Il a régulièrement
exposé avec la Société des peintres amateurs
de Fribourg et environs. A Bulle, c'est sa première vraie
exposition. Il présente des oeuvres anciennes et récentes:
quelques nus académiques, des paysages d'ici et du Midi (qu'il
affectionne), croqués sur le vif et agréablement balancés
dans leurs contrastes, un canal vénitien, des natures mortes,
des portraits. C'est radieux et colorés.
L'octogénaire,
qui est en plus un fervent patoisant, a un projet qui lui tient
à coeur:" Si Dieu me prête vie, je vais faire
des sanguines de tous les villages de la Gruyère"... signé
: PS
Article publié avec l'aimable autorisation de
La Gruyère et de Pierre Savary
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