BULLE: EXPOSITION AU CAFE DU COMMERCE   
   
(article publié en avril 1988 dans la Gruyère)

La Huitantaine en couleurs


A 12 ans, il peignait sa première poya. Il en a maintenant 81. Louis Barras, ancien officier de la police cantonale fribourgeoise, passe sa retraite à peindre:"Je ne suis plus un peintre du dimanche, maintenant que je peux peindre tous les jours..." Le café du Commerce, à Bulle, offre ses murs, l'espace de trois semaines, à ce Gruérien de Fribourg.

Gendarme? " Ne parlez pas trop de tout ça. C'est de peinture qu'il s'agit". Louis Barras, né à Pont-en-Ogoz il y a huitante-et-un ans, a pourtant fait toute sa carrière sous le képi. D'abord comme agent:" J'étais un mauvais gendarme. Je ne donnais pas assez de contraventions. Puis comme cadre, avant de finir adjoint du commandant de la police cantonale, à Fribourg, où il réside toujours.

Et la peinture, alors? Nous y sommes. Louis a une douzaine d'années quand débarque à la ferme familiale un roulant qu'on appelle Mandoline, un vagabond bricoleur qui  refait les matelas et mille autres choses. Ce Mandoline est peintre à ses heures. Louis est séduit par ses petits tableaux. Il fait les yeux doux à sa maman et le lendemain il reçoit trois tubes de couleurs: du vert, du rouge et du blanc. Avec ces trois tubes, Louis peint sa première poya.

Il continue à peindre. Mais il est partagé entre plusieurs passions. Dont la mécanique: à 18 ans, Louis Barras construit une voiture, un engin hybride, moitié char moitié auto, qui frise les 12 km/h: "Tout le monde me regardait passer comme si c'était le cirque Knie!"

Fermons la parenthèse. Le jeune Gruérien s'essaie à suivre des cours de dessin par correspondance, dispensés de Paris. Mais à peine a-t-il le temps de prendre conscience de ses réelles dispositions que survient la guerre. Les ponts postaux sont coupés. Il était écrit que Louis Barras serait peintre autodidacte. Il se perfectionne en solitaire.

En été 1955, il présente quatre tableaux au Salon international de la police, qui se déroule à Paris sous le haut patronage du président de la République René Coty. Ses oeuvres sont retenues et exposées au Grand-Palais. C'est son plus beau souvenir.

Radieux
Maintenant, Louis Barras vit une active retraite avec ses pinceaux et ses craies pour compagnons. L'huile, la gouache, le pastel, la sanguine: il s'est fait la main à plusieurs techniques. Il a régulièrement exposé avec la Société des peintres amateurs de Fribourg et environs. A Bulle, c'est sa première vraie exposition. Il présente des oeuvres anciennes et récentes: quelques nus académiques, des paysages d'ici et du Midi (qu'il affectionne), croqués sur le vif et agréablement balancés dans leurs contrastes, un canal vénitien, des natures mortes, des portraits. C'est radieux et colorés.

L'octogénaire, qui est en plus un fervent patoisant, a un projet qui lui tient à coeur:" Si Dieu me prête vie, je vais faire des sanguines de tous les villages de la Gruyère"...

signé : PS

Article publié avec l'aimable autorisation de La Gruyère et de Pierre Savary